Plus de cinq siècles après sa promulgation, la bulle papale Romanus Pontifex continue d’alimenter les débats autour de l’histoire de l’esclavage et du rôle des puissances religieuses dans la traite négrière. Ce document du XVe siècle, signé par le pape Nicolas V, est aujourd’hui régulièrement cité comme l’un des textes ayant servi à justifier l’expansion coloniale européenne et la mise en servitude de populations africaines.
Promulguée en 1455 par Nicolas V, la bulle Romanus Pontifex accordait au royaume du Portugal l’autorisation d’explorer, conquérir et contrôler certains territoires situés le long des côtes africaines. Le texte évoque notamment le droit de combattre, soumettre et réduire en servitude des « sarrasins, païens et autres ennemis du Christ ».

Pour de nombreux historiens, cette décision pontificale a constitué une base religieuse et politique utilisée par les puissances européennes pour légitimer la conquête et l’asservissement de peuples non chrétiens. Même si le document ne mentionne pas explicitement « les Noirs » dans une formulation moderne, il a été associé au développement de la traite des Africains par les Portugais au cours du XVe siècle.
Le contexte historique de l’époque reste toutefois essentiel à comprendre. L’Europe chrétienne est alors engagée dans une période d’expansion maritime et commerciale. Les monarchies européennes cherchent de nouvelles routes vers l’Afrique et l’Asie, tandis que l’Église accompagne certaines conquêtes au nom de l’évangélisation et de la lutte contre les puissances musulmanes.
Aujourd’hui encore, cette bulle papale demeure un symbole controversé de l’histoire coloniale et esclavagiste. Le document original serait conservé dans les archives portugaises de la Torre do Tombo à Lisbonne. Plusieurs reproductions et versions numérisées circulent également en ligne, et il est possible de télécharger certains scans du document en haute définition via des plateformes d’archives historiques spécialisées.
En Guadeloupe, cette mémoire de l’esclavage reste particulièrement vivante à travers les commémorations du 27 Mai et les initiatives mémorielles portées par différents acteurs culturels et religieux.
Le diocèse de Guadeloupe organise d’ailleurs une messe solennelle mercredi 27 mai à l’église Saint-Pierre et Saint-Paul de Pointe-à-Pitre, en mémoire des victimes de l’esclavage. La célébration, présidée par Mgr Philippe Guiougou, sera suivie d’une procession jusqu’au Mémorial ACTe, avec un temps interreligieux prévu sur la Place de la Victoire.
Situé à Pointe-à-Pitre, le Mémorial ACTe est un musée et centre caribéen de mémoire consacré à la traite négrière, à l’esclavage et à leurs abolitions. Le site retrace l’histoire de l’esclavage aux Antilles à travers de nombreux ouvrages, archives, objets historiques, œuvres d’art et installations immersives destinées à transmettre cette mémoire aux nouvelles générations.
À travers ces commémorations et ces travaux historiques, la Guadeloupe poursuit ainsi son devoir de mémoire autour d’un passé qui continue de nourrir les réflexions contemporaines sur la dignité humaine, la liberté et les héritages de l’esclavage.

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Bulle papale Romanus Pontifex
Le 8 janvier 1454, le Pape Nicolas V, Tommaso Parentucelli (1398 – 1455), déclara la guerre sainte contre l’Afrique dans la bulle papale « Romanus Pontifex ». Par cette bulle, le pape Nicolas V concédait au roi du Portugal Afonso V et au Prince Henry ainsi qu’à tous leurs successeurs, toutes les conquêtes en Afrique en y réduisant en servitude perpétuelle toutes les personnes, considérées comme infidèles et ennemies du Christ, et s’appropriait tous leurs biens et royaumes.
La bulle papale « Romanus Pontifex » est conservée à l’Institut des Archives nationales de Torre do Tombo à Lisbonne (Portugal) :
« Le Pontife romain, successeur du porteur de clés du royaume des cieux et vicaire de Jésus Christ, contemplant avec un esprit paternel toutes les multiples latitudes du monde et les caractéristiques de toutes les nations qui y habitent, et cherchant et désirant le salut de tous, ordonne et dispose fermement, …, ces choses qu’il lui semble être agréables à sa Divine Majesté, et par lesquelles il peut amener les brebis qui lui sont confiées par Dieu dans l’unique bercail divin, et peuvent leur valoir la récompense de la félicité éternelle, et obtenir le pardon pour leurs âmes …
Nous …concédons au Roi Alphonse et à ses successeurs, entre autres choses, la pleine et entière faculté d’attaquer, de rechercher, de capturer, de vaincre, de soumettre tous les Sarrasins et les Païens et les autres ennemis (du Christ) où qu’ils se trouvent […] et de réduire leurs personnes en servitude perpétuelle (illorumque personnas in perpetuam servitudinem redigendi) et de s’attribuer, pour lui-même et ses successeurs, les Royaumes, Duchés, Comtés, Principautés, Domaines, possessions et biens, et de les convertir à leur usage et à leur profit et que, ayant sécurisé cette faculté, le dit Roi Alphonse, ou par son autorité, l’Infante sus-nommée, ont acquis justement et légalement et possèdent et ont fait l’acquisition de ces îles, terres, ports et mers et que ceux-ci appartiennent de plein droit au dit Roi Alphonse, à ses héritiers et successeurs. »



























