Débâcle au Mémorial Acte : scandales et irresponsabilités au cœur du patrimoine

Le Mémorial Acte, situé en Guadeloupe, était censé devenir un phare culturel et éducatif, mettant en lumière l’histoire de la traite négrière et de l’esclavage. Cependant, depuis sa création en juillet 2019, le bilan est loin d’être à la hauteur des espérances. Le rapport d’observations définitives de la Cour des comptes pour les exercices 2019 et suivants dresse un constat alarmant et révèle une série de dysfonctionnements majeurs dans la gestion de cet établissement public de coopération culturelle.

Premièrement, le Mémorial Acte n’a pas réussi à se positionner comme le centre mondial de recherche sur la traite négrière et l’esclavage, faute de tisser des partenariats significatifs, tant sur le plan local que national et international. Cette incapacité à créer un réseau solide autour de son projet initial est symptomatique d’une gestion déficiente et d’une vision stratégique floue.

L’exposition permanente du musée a été fermée près de 40 % du temps entre 2019 et 2022, réduisant considérablement l’accès du public à son contenu éducatif et culturel. Cette fermeture fréquente, couplée à la réduction des espaces dédiés à l’accueil des artistes et des chercheurs, souligne un manque flagrant d’organisation et de planification.

Les problèmes de gouvernance soulignés par le rapport sont particulièrement préoccupants. L’absence d’un conseil d’administration régulièrement constitué, l’ingérence de la région, et les irrégularités dans la rémunération et les fonctions de la direction générale reflètent un manque de structure et d’autonomie cruciales pour le bon fonctionnement de l’institution. Les conflits internes coûteux et la dégradation du dialogue social exacerbent ces difficultés, entraînant une instabilité nuisible à la réalisation des objectifs du MACTe.

Sur le plan financier, les comptes provisoires du MACTe masquent une réalité déficitaire, avec des dépenses non couvertes et une gestion financière risquée. La dépendance excessive aux subventions statutaires, la faible valorisation du patrimoine et des activités, ainsi que les négligences dans la gestion des ressources exposent l’établissement à des risques financiers, de contentieux et de fraude.

Le rapport de la Cour des comptes et un article de Karib’Info mettent en lumière une série de lacunes graves dans la gestion du Mémorial Acte, depuis son incapacité à réaliser ses ambitions culturelles et éducatives, jusqu’à ses défaillances administratives et financières.

Rapport de la Chambre Régional des Comptes

Au cœur de cette tourmente qui secoue le Mémorial Acte, la SEM Patrimoniale de la Région Guadeloupe et l’ingérence de la région elle-même méritent une attention particulière. En effet, ces entités, censées veiller sur ce patrimoine d’importance, se retrouvent impliquées dans une gestion qui soulève de sérieuses questions quant à leur compétence et à leur capacité à préserver et valoriser un héritage aussi crucial. La SEM, un temps gestionnaire du MACTe, se trouve sous le feu des projecteurs, confrontée à des allégations qui mettent en doute l’intégrité et l’efficacité de sa gestion.

De nombreuses irrégularités
L’irrégularité autour du contrat de travail de Laurella Rinçon et les conditions financières du départ de Jacques Martial, qui ont échappé à l’approbation du conseil d’administration, illustrent un déficit de contrôle et de transparence alarmant. Ces éléments soulignent un problème systémique dans la manière dont la SEM Patrimoniale et la Région administrent leurs responsabilités vis-à-vis du Mémorial Acte.

Comment ces structures ont-elles pu faillir à ce point dans la gestion d’un patrimoine aussi significatif ?
La question de la compétence des collectivités locales à gérer efficacement et éthiquement des institutions culturelles de cette envergure se pose avec acuité. Cette situation invite à une réflexion profonde sur la capacité des collectivités territoriales à prendre en charge la gestion de biens culturels et mémoriels. La gestion du Mémorial Acte, loin d’être un cas isolé, pourrait refléter une problématique plus large, mettant en lumière les lacunes dans les compétences, les structures et les pratiques administratives au niveau local.

Les révélations autour de la SEM Patrimoniale et de la Région Guadeloupe posent une question fondamentale : sommes-nous en présence d’un déficit de compétence ou d’une défaillance systémique dans la gestion de notre patrimoine culturel et historique ? La nécessité de repenser les modèles de gouvernance et d’administration de tels établissements devient impérative, afin de garantir leur pérennité et leur intégrité pour les générations futures.

Dans un document du parquet général prés la Cour des Comptes sur la gestion du Mémorial Acte révèle aussi une crise profonde qui touche non seulement cet établissement emblématique de Guadeloupe mais aussi, par extension, la gestion publique dans son ensemble.

Ce rapport met en évidence une série d’irrégularités graves, étendant le champ des responsabilités à un éventail d’acteurs, depuis les directions successives jusqu’aux présidents du conseil d’administration.

Les figures de proue de l’institution, ainsi que d’autres personnalités clés de la gestion du Mémorial, sont désormais scrutées pour leur rôle dans les dysfonctionnements financiers et administratifs. Les irrégularités soulignées par le procureur général près la Cour des comptes, allant de la rémunération non approuvée en conseil d’administration aux conditions de départ controversées de certains membres, illustrent un manque flagrant de conformité aux pratiques de gouvernance éthique et responsable.

La situation des salariés ayant exercé leur droit de retrait pendant la pandémie de COVID-19, et les décisions ultérieures concernant leur emploi, soulignent des problèmes de gestion du personnel et de conformité aux procédures légales. Ces incidents, en plus de souligner une gestion administrative et financière déficiente, mettent en lumière un manque de leadership clair et de responsabilité.

L’appel à une enquête approfondie sur d’éventuels conflits d’intérêts et la mise en évidence de l’inorganisation totale au sein du Mémorial Acte révèlent une crise de gouvernance qui dépasse les murs de l’institution. Les implications de ces révélations vont bien au-delà des questions financières et touchent au cœur de l’engagement public envers le patrimoine culturel et la mémoire collective.

La Cour des comptes, dans son rôle de surveillance, ne se contente pas de pointer du doigt les manquements individuels ou collectifs ; elle lance un signal d’alarme à l’ensemble de la classe politique et administrative, rappelant la gravité des responsabilités qui incombent aux gestionnaires des fonds et des institutions publiques. La nécessité d’adopter une gestion transparente, responsable et conforme aux règles est plus que jamais mise en avant.

Jean-Yves FRIXON

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