Face aux critiques suscitées par l’organisation de soirées festives au Mémorial ACTe, Raphaël Lapin défend la politique de l’établissement. Interrogé par la rédaction d’ETV, le président du conseil d’administration rappelle la vocation commerciale du site, dénonce des intérêts cachés derrière la polémique et précise les règles désormais imposées aux organisateurs.
« Une polémique ? Quelle polémique ? »
Dès les premières secondes de l’entretien accordé à ETV, Raphaël Lapin donne le ton.
Le président du conseil d’administration du Mémorial ACTe ne partage pas l’ampleur prise par la controverse née de l’organisation de récentes soirées festives dans certains espaces de l’établissement consacré à la mémoire de la traite et de l’esclavage.
Pour lui, ces manifestations doivent d’abord être replacées dans le fonctionnement économique du Mémorial ACTe.
« Le Mémorial ACTe, c’est un établissement public industriel et commercial. Dans établissement public industriel et commercial, il y a industriel et commercial », insiste Raphaël Lapin.
Des soirées pour générer des recettes
Le président du conseil d’administration assume donc la recherche de recettes privées. Selon lui, le fonctionnement de l’établissement ne peut pas reposer exclusivement sur les financements publics et donc, indirectement, sur les contribuables guadeloupéens. La location des espaces doit permettre au Mémorial ACTe de dégager des ressources supplémentaires afin de financer ses missions culturelles et scientifiques.
Raphaël Lapin rappelle également que l’organisation d’événements festifs n’est pas nouvelle.
« Ça fait 11 ans que le Mémorial ACTe a été inauguré. L’inauguration était déjà une sacrée fête », souligne-t-il.
Il évoque également les activités d’un ancien restaurant ainsi que différentes locations d’espaces ayant donné lieu à des festivités, bien avant son arrivée à la présidence du conseil d’administration.
« Certains ont des agendas qui leur appartiennent »
Pour Raphaël Lapin, la véritable question se situerait donc ailleurs. Le président estime que certains acteurs participant aujourd’hui à la controverse poursuivraient des objectifs étrangers aux intérêts du Mémorial ACTe et du public guadeloupéen.
« Certains ont des agendas qui leur appartiennent », affirme-t-il au micro d’ETV.
Il appelle à « un peu de raison » et « un peu de sagesse », tout en assurant ne pas être attaché à son poste.
Raphaël Lapin rappelle qu’il exerce une mission confiée par le conseil d’administration et qu’il n’a pas vocation à rester indéfiniment à la tête de l’établissement.
Une réponse qui donne également une dimension politique à cette polémique autour des usages du Mémorial ACTe.
Église, esclavage et devoir de mémoire
ETV a également interrogé Raphaël Lapin sur l’organisation d’événements institutionnels ou politiques au sein du Mémorial ACTe et sur la présence passée de représentants religieux dans certaines manifestations.
La question prend une dimension particulière au regard des documents historiques présentés dans le parcours permanent et du rôle des institutions européennes et religieuses dans l’histoire de la traite et de l’esclavage.
Raphaël Lapin refuse toutefois d’y voir une contradiction.
Il prend notamment pour exemple la commémoration organisée le 27 mai dernier, à laquelle participait une délégation issue de différents horizons religieux.
Pour le président du conseil d’administration, confronter les religions à cette histoire peut au contraire participer au travail mémoriel.
Il estime notamment nécessaire d’interroger le chemin parcouru par les différents cultes, y compris par l’Église catholique, et évoque la question de sa responsabilité historique ainsi que celle des réparations.
L’exposition permanente appelée à évoluer
Cette réflexion concerne également le contenu même du Mémorial ACTe.
Raphaël Lapin confirme qu’un chantier de réforme de l’exposition permanente est engagé dans le cadre du projet culturel et scientifique porté par la direction générale.
La société civile et le public ont notamment été invités à s’exprimer sur le parcours actuel et à faire connaître leurs critiques et leurs attentes.
L’objectif affiché est de faire évoluer une exposition permanente qui doit pouvoir davantage parler aux Guadeloupéens et refléter leur rapport à cette histoire.
Une charte adoptée en mai 2026
La polémique pose néanmoins une question concrète : quelles sont aujourd’hui les limites imposées aux organisateurs qui souhaitent louer un espace du Mémorial ACTe ?
Sur ce point, Raphaël Lapin affirme qu’une charte existe déjà.
Selon lui, celle-ci a été approuvée par le conseil d’administration le 22 mai 2026, à son initiative, dans la perspective notamment de développer davantage l’activité de location.
Le président défend cette orientation comme un choix de gestion.
Pour Raphaël Lapin, aller chercher des recettes auprès des acteurs économiques permet notamment de réduire la dépendance de l’établissement vis-à-vis des subventions publiques tout en contribuant au financement de ses missions de service public.
Les événements de partis politiques interdits
Interrogé par ETV sur la possibilité de continuer à accueillir des meetings ou manifestations politiques, Raphaël Lapin apporte également une précision importante.
Selon lui, la charte interdit désormais l’organisation d’événements de partis politiques au Mémorial ACTe.
Il affirme que des demandes ont déjà été refusées sur ce fondement.
Reste alors une question au coeur de la polémique : si certaines manifestations politiques sont explicitement exclues, quelles limites doivent être appliquées aux événements festifs ?
C’est précisément sur cette frontière que se concentre aujourd’hui une partie du débat.
Car au-delà du statut juridique et économique du Mémorial ACTe, la controverse pose une question plus profonde : jusqu’où peut aller l’exploitation événementielle d’un lieu consacré à la mémoire de la traite et de l’esclavage sans entrer en contradiction avec sa dimension historique et symbolique ?
Raphaël Lapin, lui, assume le modèle choisi et assure vouloir poursuivre une politique permettant au Mémorial ACTe de conjuguer devoir de mémoire, programmation culturelle et recherche de ressources propres.
Jean-Yves FRIXON
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