Le Projet Hostos, porté par Caribbean Transmission Development Company, ambitionne de créer la première grande interconnexion électrique bidirectionnelle entre la République dominicaine et Porto Rico. Prévue pour une mise en service à l’horizon 2031, cette infrastructure sous-marine représente un tournant majeur pour la sécurité énergétique de la région.

Une infrastructure énergétique inédite dans les Caraïbes
Le projet repose sur une liaison HVDC sous-marine d’environ 150 kilomètres traversant le passage de la Mona. Il prévoit notamment la construction d’une centrale à gaz naturel de 500 MW à San Pedro de Macorís, reliée à Porto Rico via la zone de Mayagüez.
L’ensemble comprend également une ligne aérienne de 90 km en République dominicaine, des stations de conversion AC/DC et un raccordement souterrain côté portoricain. La capacité initiale est estimée à 500 MW, avec des projections pouvant atteindre 700 MW selon certaines sources.
Avec un coût global compris entre 1,7 et 2,5 milliards de dollars, le projet se distingue par un financement entièrement privé, une rareté pour ce type d’infrastructure dans la région.
Un jalon réglementaire décisif
En février 2026, Hostos a franchi une étape clé avec l’obtention d’un permis présidentiel américain, validant le principe de l’interconnexion. Ce feu vert marque une avancée majeure, même si plusieurs éléments restent à finaliser, notamment les accords commerciaux et les autorisations environnementales complémentaires.
Par ailleurs, une collaboration avec Siemens Energy a été annoncée pour accompagner le développement technique du projet.
Une réponse aux fragilités du réseau portoricain
Le projet vise avant tout à renforcer la fiabilité du réseau électrique de Porto Rico, régulièrement affecté par des pannes et des infrastructures vieillissantes. En permettant l’importation d’électricité depuis la République dominicaine, Hostos pourrait sécuriser l’approvisionnement en cas de crise.
Ses promoteurs avancent également des bénéfices environnementaux, évoquant jusqu’à 3,8 millions de tonnes de CO₂ évitées grâce au remplacement de centrales plus anciennes et moins efficaces.
À plus long terme, l’interconnexion pourrait même faciliter les échanges d’énergie renouvelable entre les deux territoires.
Des visions économiques profondément divergentes
Malgré ces promesses, les analyses économiques du projet divisent les experts.
D’un côté, les promoteurs mettent en avant une rentabilité solide, reposant sur des économies opérationnelles estimées à 300 millions de dollars par an. Cette vision repose sur des hypothèses favorables, notamment un coût du gaz compétitif et une forte utilisation de l’infrastructure.
De l’autre, certaines études académiques adoptent une approche plus prudente. Elles concluent à une rentabilité limitée, proche du seuil d’équilibre, et fortement dépendante de revenus complémentaires comme la fibre optique ou des montages financiers avantageux.
Dans ces scénarios, la moindre dérive des coûts ou variation du marché pourrait fragiliser l’équilibre économique du projet.
Des risques climatiques et énergétiques à anticiper
Le Projet Hostos est également au cœur d’un débat sur la résilience climatique. Ses défenseurs soulignent qu’une interconnexion régionale permettrait de diversifier les sources d’énergie en cas d’ouragan.
Mais certains experts alertent sur la vulnérabilité des infrastructures sous-marines et côtières face à la montée des eaux et à l’intensification des tempêtes, susceptibles d’engendrer des interruptions coûteuses.
Par ailleurs, le projet s’inscrit dans un contexte de transition énergétique accélérée. Porto Rico vise officiellement 100 % d’énergies renouvelables, ce qui soulève la question de la pertinence d’un investissement massif dans une infrastructure reposant en partie sur le gaz naturel.
Certains critiques évoquent ainsi un risque d’“actif échoué”, si les renouvelables et les batteries devenaient plus compétitives plus rapidement que prévu.
Une équation complexe entre opportunité et incertitude
Au-delà des débats techniques, les divergences d’analyse reposent sur plusieurs variables clés : l’évolution du prix du gaz, le niveau réel d’utilisation du câble, les coûts d’interconnexion côté portoricain et les politiques climatiques futures.
Selon les hypothèses retenues, le Projet Hostos peut apparaître soit comme une avancée majeure pour la stabilité énergétique caribéenne, soit comme un investissement risqué dans un contexte de transition rapide.
Une chose est certaine : ce projet cristallise les enjeux énergétiques, économiques et climatiques auxquels font face les territoires insulaires des Caraïbes.



















