Le Paraguay traverse une crise financière et politique sans précédent. La faillite d’Ueno Bank, qui a entraîné le gel des dépôts de près de trois millions de clients, a provoqué la destitution du président Santiago Peña. Son successeur, Pedro Alliana, promet d’indemniser les épargnants, tandis que l’ancien chef de l’État doit répondre de graves accusations devant la justice.
Une faillite bancaire qui fait tomber le président
Le Paraguay est secoué par un scandale bancaire majeur qui a précipité la chute de son président. Vendredi 6 novembre 2026, Santiago Peña, au pouvoir depuis 2023, a été destitué à l’unanimité par le Sénat pour « mauvais exercice de ses fonctions ».
Au cœur de cette crise figure Ueno Bank, une banque en ligne en pleine expansion ces dernières années, placée sous tutelle mardi par la Banque centrale du Paraguay (BCP) en raison de son insolvabilité.
Cette décision a provoqué le gel des dépôts de près de trois millions de clients, soit une proportion considérable de la population paraguayenne. Des entreprises, des institutions et des fonds de pension figurent également parmi les victimes de cette débâcle financière.
Santiago Peña accusé d’avoir favorisé des intérêts privés
L’ancien président, âgé de 47 ans, est soupçonné d’avoir entretenu des liens financiers problématiques avec l’établissement bancaire.
Selon les accusations formulées lors de son procès en destitution, Santiago Peña aurait permis ou toléré le détournement de fonds de retraite vers une banque liée à son entourage.
Les sénateurs lui reprochent notamment d’avoir privilégié des intérêts privés au détriment de l’intérêt général.
L’ancien dirigeant avait été actionnaire de la holding financière propriétaire d’Ueno Bank jusqu’en 2025, une situation qui alimente les soupçons de conflits d’intérêts.
Santiago Peña avait présenté sa démission jeudi, mais celle-ci avait été rejetée par le Parlement, ouvrant la voie à sa destitution officielle.
Une population en colère réclame justice
À Asunción, la capitale paraguayenne, plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés devant le Parlement pour célébrer le départ du président.
Entre cris de joie et revendications, les citoyens touchés par la faillite bancaire réclament désormais le remboursement de leur argent et des sanctions judiciaires.
« Maintenant, on veut qu’il nous rende notre argent et qu’il finisse en prison ! », a déclaré Jessica Aquino, une employée de 32 ans, à l’AFP.
La tension est montée après la destitution. Des manifestants ont pris pour cible le convoi transportant l’ancien chef de l’État, lançant des œufs et frappant les véhicules. Les forces de l’ordre sont intervenues pour disperser la foule à l’aide de balles en caoutchouc.
Assigné à résidence dans un premier temps, Santiago Peña a ensuite été transféré vers une installation militaire pour des raisons de sécurité.
Il doit être entendu samedi par le parquet, dans le cadre d’une enquête portant notamment sur des soupçons d’abus de confiance, de trafic d’influence et de gestion à des fins personnelles.
Pedro Alliana prend les commandes du Paraguay
À la suite de cette destitution, Pedro Alliana, 52 ans, a été investi président par le Sénat.
Membre du Parti Colorado, la même formation politique que son prédécesseur, le nouveau chef de l’État hérite d’une situation économique et sociale particulièrement délicate.
Dans son premier discours, il s’est engagé à venir en aide aux victimes de la crise bancaire.
« Les compatriotes qui traversent une situation très difficile à cause du chaos financier seront pleinement indemnisés. Nous ne les laisserons pas seuls », a-t-il assuré.
Cette promesse intervient alors que la confiance de la population envers les institutions financières et politiques du pays est profondément ébranlée.
Les premiers remboursements ont commencé
Face à l’urgence, la Banque centrale du Paraguay a engagé les premières opérations de remboursement des déposants.
Les premiers versements concernent les épargnants disposant de dépôts compris entre un et dix millions de guaranies, soit environ 160 à 1 600 dollars américains.
Selon un avocat de Santiago Peña, près de 700 000 personnes auraient déjà bénéficié de premiers versements vendredi.
Toutefois, l’ampleur des sommes restant à restituer et les délais nécessaires pour indemniser l’ensemble des victimes demeurent incertains.
Une crise aux répercussions internationales
Les conséquences de la faillite d’Ueno Bank dépassent les frontières paraguayennes.
En Argentine, environ 1 000 employés de l’entreprise technologique ITTI, appartenant au même groupe financier, ont été suspendus pendant 30 jours sans salaire.
Le monde du football sud-américain est également concerné. La Confédération sud-américaine de football (Conmebol) détenait environ 13 millions de dollars dans l’établissement bancaire, selon une source interne citée par l’AFP.
Cette crise met en lumière les risques liés aux relations entre pouvoir politique, institutions financières et intérêts économiques privés.
Pour le Paraguay, le défi est désormais double : rétablir la confiance dans son système bancaire et garantir que les responsabilités dans ce scandale soient établies par la justice.























