Alors que les crises de l’eau, des déchets ou encore du transport secouent régulièrement la Guadeloupe, la question de la gouvernance locale revient au cœur du débat. Les communes ont-elles encore le pouvoir de décider ? Analyse avec le juriste Teddy Bernadotte.
Invité de l’émission Le Talk ETV, Teddy Bernadotte, juriste, fonctionnaire territorial et spécialiste du droit public, apporte un éclairage nuancé sur un sujet sensible : la place des communes face à l’intercommunalité en Guadeloupe.
Une perception de perte de pouvoir… mais une réalité plus complexe
Pour de nombreux élus locaux, les communes semblent progressivement perdre la main au profit des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI). Pourtant, selon l’expert, cette impression relève davantage d’un ressenti que d’une réalité institutionnelle.
Dans d’autres territoires, notamment en Hexagone ou dans certains territoires ultramarins, l’intercommunalité est perçue comme un outil de coopération efficace. Elle permet aux communes de mutualiser leurs moyens et de porter des projets structurants à plus grande échelle.
En Guadeloupe, le problème serait ailleurs : une intercommunalité souvent mise en place de manière contrainte, sans véritable projet fédérateur.
Le risque de “supracommunalité”
Teddy Bernadotte alerte sur une dérive qu’il qualifie de “supracommunalité”. Il s’agit d’une situation où les structures intercommunales prennent des décisions sans réelle concertation avec les communes membres.
Résultat : certaines municipalités ont le sentiment d’être dépossédées de leurs compétences, notamment dans des domaines clés comme :
- l’eau
- les déchets
- les transports
- ou encore certains événements culturels
Ce déséquilibre nourrit une confusion chez les citoyens, qui ne savent plus clairement qui est responsable des décisions publiques.
La commune reste au cœur de la confiance citoyenne
Malgré ces évolutions, la commune demeure la collectivité de proximité par excellence. En période de crise, les citoyens se tournent instinctivement vers leur maire, figure de confiance et de proximité.
Même lorsque les compétences sont transférées à l’intercommunalité, c’est vers l’élu local que les administrés se retournent en cas de dysfonctionnement.
Un modèle importé mal adapté au territoire
L’un des constats majeurs de l’entretien repose sur l’inadéquation du modèle hexagonal avec les réalités guadeloupéennes.
Contrairement à la France métropolitaine, où l’intercommunalité répond à un morcellement communal important, la Guadeloupe compte peu de communes, mais de taille significative. L’“optimum dimensionnel” y est souvent déjà atteint.
Ainsi, l’intercommunalité n’est pas née d’un besoin local, mais d’une obligation législative, ce qui explique en partie ses difficultés actuelles.
Des limites visibles dans les politiques publiques
Les crises récentes ont mis en lumière les failles du système :
- gestion de l’eau
- traitement des déchets
- organisation des transports
Selon Teddy Bernadotte, le problème ne vient pas uniquement des structures, mais aussi d’un manque de coordination et de vision globale. Sur un territoire insulaire comme la Guadeloupe, les politiques publiques doivent être pensées de manière transversale et collaborative.
Repenser la gouvernance autour du citoyen
Pour rééquilibrer les relations entre communes et intercommunalités, une solution s’impose : replacer le citoyen au centre des décisions.
Cela implique :
- davantage de concertation entre acteurs
- une meilleure définition de l’intérêt communautaire
- des projets construits collectivement
L’objectif n’est pas de supprimer l’intercommunalité, mais de la rendre plus efficace et plus lisible.
Vers de nouveaux modèles économiques
Dans un contexte de baisse des dotations publiques et d’incertitudes financières, les collectivités devront innover. Parmi les pistes évoquées :
- le développement de partenariats public-privé
- l’anticipation de nouvelles sources de recettes
- la réduction des dépenses de fonctionnement
L’enjeu est également de préparer l’avenir économique du territoire, en favorisant l’emploi privé plutôt que public.
Un appel à dépasser les clivages
En conclusion, Teddy Bernadotte invite à sortir des oppositions simplistes entre communes et intercommunalité. Pour lui, ces structures ne sont que des outils : leur efficacité dépend avant tout des acteurs qui les font vivre.




















